"(...)L'histoire du chocolat est émaillée
d'allégations relatives à ses effets stimulants, euphorisants,
"antistress"(couple anxiété/sérénité),
aphrodisiaques.. Les allégations de ce genre ne résistent
généralement pas au développement des connaissances
scientifiques. Avec le chocolat au contraire elles semblent progressivement
s'étayer. L'action stimulante a
été, dés la seconde moitié
du siècle dernier, corrélée avec la présence
d'alcaloïdes comme la théobromine et la caféine dans
le cacao.
La théobromine agit sur le coeur, le cerveau
et les muscles, à la manière de la caféine, mais d'une
façon plus nuancée. Ce sont par contre des travaux relativement
récents qui ont apporté quelque crédit scientifique
aux effets de la consommation du chocolat sur le couple anxiété/sérénité
et sur le comportement sexuel. Le rôle joué, dans ces deux
cas, par les amines biogènes ou amines de réveil, substances
psychoactives présentes dans le chocolat, et en particulier l'une
d'entre elles, la phényléthylamine (PEA), a été
évoqué, sous forme d'hypothèses, par certains chercheurs
dont les travaux ont été
largement diffusés par les médias.
Ce succès, important autant que surprenant, est sans doute à
la mesure du degré de frustration atteint par ceux qui, persuadés
de la réalité des effets du chocolat, n'avaient aucun
élément scientifique pour les justifier.
Là où le scientifique ne voit qu'une
analogie de comportement de la PEA avec les amphétamines (les récepteurs
de l'hypothalamus sont identiques dansles deux cas), d'autres croient trouver
une explication aux boulimies de chocolat quelquefois observées
chez les personnes occasionnellement déprimées. Pour eux,
cet aliment serait alors utilisé comme une sorte
d'automédication inconsciente.
Les résultats obtenus par des chercheurs
israéliens de l'université de Jérusalem en 1983 peuvent
eux, apparaître comme de nature à valoriser les "vertus aphrodisiaques"
vieilles de cinq cents ans et maintenue vivace jusqu'à nos jours
par maints auteurs tant litteraires que médicaux. Ils montrent en
effet que l'administration à des rats de PEA déclenche, chez
eux, la première phase de l'enchaînement
séquentiel de l'acte sexuel, à savoir l'accouplement.
Le salsolinol, lui, est ignoré des médias.Cet
alcaloïde présent en quantité importante dans le chocolat
est pourtant intéressant à plusieurs titres. En particulier
son profil antidépresseur marqué peut, à lui seul,
s'approprier les effets attribués à la PEA. Il favorise aussi
l'élévation du taux de cette amine biogène en inhibant
l'enzyme qui le régule.Il manifesterait par ailleurs une certaine
affinité pour les récepteurs aux opiacés du cerveau.
Enfin, un nouveau groupe de composés
a été tout récemment mis en évidence dans le
cacao par une équipe de l'institut des neurosciences de San Diego,
en Californie. Il s'agit de l'anandamide, neurotransmetteur impliqué
dans le système endogène des recepteurs cannabinoïdes
du cerveau, ainsi que deux autres molécules apparentées (N-acyléthanolamine).
Les effets de ce système sont ceux observés lors de la prise
de cannabis, à savoir, pour l'essentiel, une exarcerbation des sensations
et une euphorie. Les N-acyléthanolamines apportés par le
cacao élèvent les taux d'anandamide et augmenteraient ainsi
les effets cannabinoïdes. Le besoin de chocolat observé chez
ceux qui en consomment régulièrement et en abondance pourrait
s'expliquer par une dépendance analogue
à celle existant chez les consommateurs de cannabis.
L'équipe de la clinique toxicologique de
l'hôpital Fernant-Widal a relaté aux entretiens de Bichat
les résultats d'une expérience portant sur vingt-deux sujets
consommant de 100 à 500 grammes de chocolat par jour et s'étendant
sur plusieurs années. Cette étude donne des éléments
intéressant sur les caractéristiques du "chocolatovore".
Son niveau d'activités physique et psychique et son degré
de vigilance sont élevés. Il manifeste un "professionnalisme
intense", quel que soit le métier exercé. Il est
dépourvu d'anxiété. les
effets secondaires de la consommation massive de chocolat sont négligeables;
pas d'insomnie ni d'agitation psychomotrice, pas de prise de poids. Enfin,
l'état de manque chez le chocolatovore sevré se réduit
à une légère anxiété. Compte tenu de
la discrétion des effets toxiques, il avait été admis,
en 1985, qu'il s'agissait plutôt d'une
chocolatomanie que d'une toxicomanie.
Depuis les résultats scientifiques semblent
accrèditer la thèse de la drogue douce.De fait, le chocolat,
en stimulant les activités physiques et intellectuelles tout en
fournissant de l'énergie et en générant euphorie et
bien-être, cela pratiquement sans effets secondaires et avec une
faible dépendance, rempli le "cahier des charges" de la drogue douce
quasi-parfaite.
L'approfondissement des connaissances semble
progressivement justifier le nom donné au cacao il y a plus de deux
siècles:theobroma, "nourriture des dieux".
Article rédigé par Henri Chaveron professeur des universités au département de génie biologique et médical à l'université de Compiègne.
Alors pour votre prochaine conquète en
même temps que les fleurs, offrez du chocolat ... et laissez les
choses se faire.Et si ça ne marche pas ,peut être qu'elle
n'aime pas les fleurs :)
Boris & Elodie